Grouper ou mélanger, la différence
Quand tu révises les maths, tu fais sans doute dix exercices de dérivées, puis dix de suites, puis dix de probabilités. C’est la pratique groupée, aussi appelée par blocs. L’entrelacement fait l’inverse. Tu mélanges les types, une dérivée, une suite, une probabilité, puis tu recommences dans un autre ordre.
Le groupé est confortable. Comme tu sais déjà quelle méthode utiliser, tu n’as pas à te poser la question, tu appliques. Avec le mélange, il faut d’abord reconnaître de quel type de problème il s’agit, puis choisir la bonne méthode. Cela demande plus d’effort sur le moment, et la séance paraît moins fluide. L’idée de l’entrelacement est justement que cet effort supplémentaire est ce qui sert à long terme. On voit ce que les chercheurs ont mesuré dans les sections suivantes, sans extrapoler au-delà de ce qu’ils ont testé.
Ce qu’ont trouvé Rohrer et Taylor
Rohrer et Taylor (2007) ont comparé deux façons de s’entraîner sur des problèmes de maths. Dans une version, les problèmes étaient regroupés par type. Dans l’autre, les types étaient mélangés. Au test différé, la version mélangée a donné de meilleurs résultats que la version groupée (Rohrer et Taylor, 2007). Le résultat se voit donc quand on teste plus tard, pas seulement à la fin de la séance.
Cette précision compte. En fin de séance, le groupé peut donner le sentiment d’avoir tout compris, parce que tu enchaînes des réussites. Le test différé montre autre chose, ce qui reste quand la méthode n’est plus soufflée par l’exercice précédent. Cela rappelle un thème qu’on retrouve dans Comment réviser efficacement selon la recherche, ce qui paraît fluide n’est pas toujours ce qui s’imprime le mieux. La source n’indique pas de chiffre exploitable ici, et on ne t’en inventera pas. Retiens le sens de l’effet, et teste-le sur tes propres exercices.
Exemples en maths et en physique
En maths, l’étude de Rohrer et Taylor porte sur ce terrain, tu peux donc t’en inspirer assez directement. Pour le bac, au lieu d’enchaîner dix exercices sur la même notion, compose une feuille de six problèmes avec une dérivée à étudier, une suite à exprimer, une probabilité conditionnelle, et ainsi de suite. Fais-la sans regarder le cours, puis corrige.
En physique, le principe est le même. Mélange par exemple un problème de cinématique, un d’énergie, un d’optique et un de circuits électriques. Avant de calculer, écris une ligne qui dit de quel type de problème il s’agit et quelle loi tu vas utiliser. C’est cette étape de reconnaissance que le mélange t’oblige à faire, et que le groupé te laisse sauter. Fais de même pour les chapitres de chimie qui se ressemblent.
Exemples en langues
Pour les langues, l’entrelacement se transpose bien. En espagnol, si tu travailles ser et estar pendant vingt minutes, puis le prétérit pendant vingt autres, tu sais toujours quelle règle appliquer. Mélange les deux dans la même série de phrases, avec aussi por et para, et tu dois choisir à chaque fois.
Même chose pour l’anglais du bac ou du partiel. Au lieu de faire une page de phrasal verbs, puis une page de temps du passé, compose une série mixte avec un peu de chaque, et ajoute du vocabulaire. Tu peux aussi alterner, dans la même séance, compréhension écrite et grammaire. Le but n’est pas de rendre l’entraînement pénible. Il est de t’obliger à reconnaître la situation avant de répondre, comme tu devras le faire le jour de l’épreuve, où personne ne te dira quel chapitre est en cours.
Une technique d’utilité moyenne, à garder en perspective
Dunlosky, Rawson, Marsh, Nathan et Willingham (2013) ont passé en revue dix techniques d’étude. La pratique entrelacée y est classée en utilité moyenne, derrière le fait de s’interroger et celui de répartir ses révisions, qui sont en utilité élevée (Dunlosky et coll., 2013). Cela veut dire que l’entrelacement vaut le coup, mais qu’il ne passe pas avant les bases. Si tu dois choisir par où commencer, commence par t’interroger et espacer.
Bjork, Dunlosky et Kornell (2013) discutent aussi des difficultés désirables, ces efforts qui ralentissent sur le moment et qui peuvent aider plus tard (Bjork et coll., 2013). Le mélange en est un bon exemple dans l’esprit. Le tableau ci-dessous reprend le classement de Dunlosky et ses collègues pour quelques techniques, afin de garder les proportions en tête.
| Technique | Utilité jugée |
|---|---|
| S’interroger | Élevée |
| Répartir ses révisions | Élevée |
| Pratique entrelacée | Moyenne |
| Auto-explication | Moyenne |
| Relire | Faible |
| Surligner ou souligner | Faible |
Sources · Dunlosky et coll., 2013
Questions fréquentes
- Faut-il mélanger toutes mes matières dans la même séance ?
- Rohrer et Taylor (2007) ont mélangé des types de problèmes de maths au sein d’un même sujet. Commence par mélanger les types d’exercices d’une matière, avant d’ouvrir le mélange à d’autres.
- Pourquoi les séances mélangées me semblent plus difficiles ?
- Mélanger t’oblige à reconnaître le type de problème avant de le résoudre, ce qui demande plus d’effort sur le moment. Bjork, Dunlosky et Kornell (2013) discutent ces difficultés désirables.
- Est-ce que ça marche pour apprendre des dates ou du vocabulaire ?
- Tu peux essayer d’alterner des thèmes, mais pour ces contenus, ce qui est le mieux établi est de t’interroger et d’espacer, classés en utilité élevée par Dunlosky et ses collègues (2013).

Lumi revient sur des notions de plusieurs chapitres et de plusieurs matières selon ce qu’il a oublié, donc tes questions arrivent dans un ordre mélangé. Tu lui apprends ta fiche, il se trompe parfois exprès et tu le corriges, ce qui t’oblige à reconnaître de quoi on parle avant de répondre. Un seul rappel par jour au plus, jamais après 22 h. Lumi t’évite de ne réviser que ce qui est frais.
Sources
- Rohrer, Taylor (2007). The shuffling of mathematics problems improves learning. Instructional Science, 35(6). doi.org/10.1007/s11251-007-9015-8
- Dunlosky, Rawson, Marsh, Nathan, Willingham (2013). Improving students' learning with effective learning techniques. Psychological Science in the Public Interest, 14(1). doi.org/10.1177/1529100612453266
- Bjork, Dunlosky, Kornell (2013). Self-regulated learning. Beliefs, techniques, and illusions. Annual Review of Psychology, 64. doi.org/10.1146/annurev-psych-113011-143823


