La plus ancienne piste, Jenkins et Dallenbach
En 1924, Jenkins et Dallenbach ont comparé deux situations après un apprentissage. Dans l’une, les participants dormaient. Dans l’autre, ils restaient éveillés. Il y avait moins d’oubli quand on dormait après avoir appris que quand on restait éveillé (Jenkins et Dallenbach, 1924). C’est l’une des plus vieilles expériences sur le sujet, et elle est restée célèbre parce que son idée est simple.
Cette page est descriptive. Elle rapporte ce que les chercheurs ont observé. Elle dit qu’à l’échelle de son expérience, ce qui se passe juste après l’apprentissage change la quantité qu’on oublie. Les sections suivantes montrent ce que des travaux plus récents en disent.
Une revue plus récente, la consolidation
Rasch et Born (2013) ont publié une revue dans Physiological Reviews. Leur point de départ est que le sommeil participe à la consolidation des souvenirs (Rasch et Born, 2013). Consolider, c’est stabiliser une trace qui vient d’être formée pour qu’elle tienne dans la durée. Le terme est un peu technique, mais l’idée se comprend bien avec une image. Un cours qui vient d’entrer dans ta tête est encore fragile, et ce qui se passe ensuite compte.
Cette revue apporte un cadre qui rejoint l’étude de 1924, le sommeil n’est pas du temps perdu entre deux séances de révision.
Quand la courbe d’oubli remonte à 24 heures
Murre et Dros (2015) ont refait l’expérience d’Ebbinghaus sur la courbe de l’oubli, avec un seul sujet et 70 heures d’apprentissage. Ils ont mesuré les économies de réapprentissage après 20 minutes, 1 heure, 9 heures, 1 jour, 2 jours, 6 jours et 31 jours. Leur résultat ressemble à celui d’Ebbinghaus, et la courbe remonte à 24 heures. Selon les auteurs, c’est probablement un effet du sommeil (Murre et Dros, 2015).
Regarde le tableau. Après 9 heures, l’économie est de 27,6 %, puis elle remonte à 31,7 % après 1 jour, avant de redescendre. Cette petite bosse est ce que les auteurs rapprochent du sommeil. Attention, une économie n’est pas un pourcentage de souvenir. C’est la part du temps de réapprentissage qu’on gagne parce qu’on avait déjà vu la liste. Et il s’agit d’un seul sujet, donc ce n’est pas une règle pour tout le monde. Pour la courbe elle-même, voir La courbe de l’oubli d’Ebbinghaus, qu’est-ce qu’elle montre vraiment ?.
Ce que ça change pour planifier tes révisions
Ce qui se passe entre deux séances n’est pas du vide, et laisser une nuit entre une première séance et un rappel est cohérent avec ce que ces travaux décrivent.
Pour un partiel, un bac ou un concours, cela peut simplement vouloir dire que tu ne cherches pas à tout faire en une seule soirée. Une séance le soir, un rappel le lendemain, c’est un format que le guide La répétition espacée, quel écart laisser entre deux révisions ? présente avec ses propres sources. Si tu as un doute sur ton sommeil ou ta santé, c’est un sujet pour un professionnel, pas pour une page de révisions. Ici, l’idée est modeste. Un apprentissage a une suite, et elle fait partie du processus.
| Délai avant le réapprentissage | Économie |
|---|---|
| 20 minutes | 47,2 % |
| 1 heure | 37,3 % |
| 9 heures | 27,6 % |
| 1 jour | 31,7 % |
| 2 jours | 23,0 % |
| 6 jours | 16,8 % |
| 31 jours | 4,1 % |
Sources · Murre et Dros, 2015
Questions fréquentes
- Pourquoi la courbe d’oubli remonte-t-elle à 24 heures ?
- Dans la réplication de Murre et Dros (2015), l’économie passe de 27,6 % à 9 heures à 31,7 % à 1 jour. Les auteurs y voient probablement un effet du sommeil, sans en faire une certitude.
- Est-ce que dormir remplace une séance de révision ?
- Non. Les études décrivent le sommeil après un apprentissage, pas à la place d’un apprentissage. Rasch et Born (2013) parlent de la consolidation de souvenirs déjà acquis.
- Une étude de 1924, c’est encore valable ?
- Elle est ancienne, mais elle n’est pas seule. Rasch et Born (2013) résument des travaux plus récents sur le rôle du sommeil dans la consolidation, et les deux vont dans le même sens.

Lumi oublie avec le temps comme un vrai cerveau et te réinterroge au bon moment, souvent le lendemain d’une fiche apprise. Il ne te demande pas de dormir plus ni autrement. Tu lui apprends ta fiche, il se trompe parfois exprès et tu le corriges, puis la nuit passe et il te repose la question. Un seul rappel par jour au plus, et jamais après 22 h, pour que Lumi ne grignote ni ta soirée ni ta nuit. Il laisse simplement une place au temps entre deux séances.
Sources
- Jenkins, Dallenbach (1924). Obliviscence during sleep and waking. The American Journal of Psychology, 35(4). doi.org/10.2307/1414040
- Rasch, Born (2013). About sleep's role in memory. Physiological Reviews, 93(2). doi.org/10.1152/physrev.00032.2012
- Murre, Dros (2015). Replication and analysis of Ebbinghaus' forgetting curve. PLOS ONE, 10(7), e0120644. doi.org/10.1371/journal.pone.0120644


