Relire donne l’impression de savoir
Quand tu relis ton cours, tout te semble familier. Les mots, les schémas, l’enchaînement des idées, tu reconnais tout. Cette reconnaissance donne le sentiment que l’information est bien installée dans ta mémoire. Or reconnaître une page quand elle est sous tes yeux et retrouver son contenu le jour du contrôle sont deux tâches différentes.
Une enquête auprès de 177 étudiants montre que la majorité relit ses notes ou son manuel, et que relativement peu s’interrogent. Les auteurs parlent d’une illusion de compétence (Karpicke et coll., 2009). Dans la revue de Dunlosky et ses collègues, relire fait partie des techniques à utilité faible, à côté de surligner et de résumer (Dunlosky et coll., 2013). Autrement dit, la méthode la plus répandue est aussi l’une de celles dont les preuves sont les plus minces. En classe de première comme en licence, beaucoup de gens passent leurs soirées sur cette technique, parce qu’elle est facile et rassurante.
Ce que l’étude a mesuré
Dans l’expérience 2 de Roediger et Karpicke, 120 étudiants ont appris des textes en prose. Les uns ont lu une fois puis se sont interrogés trois fois. Les autres ont relu le texte quatre fois. Une semaine plus tard, les premiers retenaient 61 % des idées, les seconds 40 % (Roediger et Karpicke, 2006).
Un détail compte beaucoup. À 5 minutes, relire donnait un meilleur score. Entre ce test rapide et celui d’une semaine plus tard, les relecteurs ont oublié 52 % de ce qu’ils savaient, ceux qui s’interrogeaient 14 % (Roediger et Karpicke, 2006). Si tu te testes juste après avoir relu, tu auras donc l’impression que ça marche. L’oubli arrive ensuite. C’est le même mécanisme qu’en prépa quand tout semble acquis le dimanche soir et que tout a disparu le mercredi. Le point clé, c’est que le moment du test change la conclusion que tu tires de ta méthode.
Pourquoi on ne le voit pas soi-même
Dans l’étude, ceux qui relisaient étaient les plus sûrs de se souvenir, et ce sont eux qui ont le plus oublié (Roediger et Karpicke, 2006). Ce n’est pas un cas isolé. Avec du vocabulaire de swahili, les prédictions des étudiants sur leur réussite n’étaient pas liées à leur réussite réelle (Karpicke et Roediger, 2008). Autrement dit, ton sentiment de maîtrise n’est pas un bon instrument de mesure.
Bjork, Dunlosky et Kornell décrivent ces croyances erronées des étudiants et proposent de les remplacer par des difficultés désirables, des situations d’étude un peu plus exigeantes mais plus durables (Bjork et coll., 2013). Le piège de la relecture est justement qu’elle est confortable. Si ta séance de révision ne te met jamais en difficulté, pose-toi la question de savoir si tu retrouves quoi que ce soit ou si tu te contentes de reconnaître. Un test simple consiste à fermer le cours et à écrire ce dont tu te souviens, puis à comparer.
Quoi faire à la place
Tu n’as pas besoin d’arrêter de relire. Relis une fois pour comprendre, puis passe à l’interrogation. Ferme le cours, réponds à des questions, corrige-toi, et recommence quelques jours plus tard. Dans les expériences, lire une fois puis s’interroger trois fois a battu quatre relectures (Roediger et Karpicke, 2006). Pour le détail de la méthode, voir La récupération active, pourquoi s’interroger bat la relecture.
Pour l’espacement, retiens l’exemple calculé à partir de l’étude de Cepeda et ses collègues. Avec un examen dans 10 jours, revois la matière 2 à 4 jours après la première séance (Cepeda et coll., 2008). Et pour te situer dans l’ensemble, la page Comment réviser efficacement selon la recherche compare les dix techniques. Au lycée, cela revient à refaire les questions de cours du chapitre d’histoire avec le cahier fermé, plutôt que de relire la fiche une cinquième fois la veille du contrôle.
Questions fréquentes
- Combien de fois faut-il relire un chapitre ?
- Les études citées ne fixent pas de nombre idéal. Une lecture pour comprendre suffit comme point de départ, ensuite le gain vient de l’interrogation, pas des relectures supplémentaires (Roediger et Karpicke, 2006).
- Pourquoi tout me semble connu quand je relis mais pas le jour du contrôle ?
- Reconnaître une page sous tes yeux est plus facile que retrouver son contenu de mémoire. Les étudiants de l’étude sur le swahili prédisaient mal leur réussite réelle (Karpicke et Roediger, 2008). Un auto-test à blanc te montre ce que tu sais vraiment.
- Relire juste avant l’examen, ça sert à quelque chose ?
- À court terme, peut-être. À 5 minutes, relire donnait un meilleur score que s’interroger, mais l’avantage s’inversait une semaine plus tard (Roediger et Karpicke, 2006). Pour la veille d’un examen, voir Réviser la veille de l’examen, est-ce que le bachotage marche ?.

Lumi transforme la relecture en questions. Tu lui apprends ta fiche une fois, puis il te réinterroge plus tard, avec des questions à trous et des choix, au lieu de te laisser relire. Il se trompe parfois exprès, et tu dois le corriger, ce qui t’oblige à sortir la réponse de ta tête. Lumi t’évite de confondre familiarité et savoir.
Sources
- Roediger, Karpicke (2006). Test-enhanced learning. Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17(3). doi.org/10.1111/j.1467-9280.2006.01693.x
- Karpicke, Butler, Roediger (2009). Metacognitive strategies in student learning. Do students practise retrieval when they study on their own?. Memory, 17(4). doi.org/10.1080/09658210802647009
- Karpicke, Roediger (2008). The critical importance of retrieval for learning. Science, 319(5865). doi.org/10.1126/science.1152408
- Dunlosky, Rawson, Marsh, Nathan, Willingham (2013). Improving students' learning with effective learning techniques. Psychological Science in the Public Interest, 14(1). doi.org/10.1177/1529100612453266
- Bjork, Dunlosky, Kornell (2013). Self-regulated learning. Beliefs, techniques, and illusions. Annual Review of Psychology, 64. doi.org/10.1146/annurev-psych-113011-143823
- Cepeda, Vul, Rohrer, Wixted, Pashler (2008). Spacing effects in learning. A temporal ridgeline of optimal retention. Psychological Science, 19(11). doi.org/10.1111/j.1467-9280.2008.02209.x


